Margaux Barsac-Rodriguez

Oscillations géographiques, Beirut-Lège, 2018-2021, tirages argentiques couleur, formats variables, enregistrements sonores ©Margaux Barsac-Rodriguez
Oscillations géographiques, Beirut-Lège, 2018-2021, tirages argentiques couleur, formats variables, enregistrements sonores ©Margaux Barsac-Rodriguez

Margaux Barsac-Rodriguez : « Oscillations géographiques »

« Oscillations géographiques » est un récit en images et en paroles de Margaux Barsac-Rodriguez. Ce travail inédit, réalisé pour le Jeu de Paume Lab, est constitué d’un montage d’images et de bandes de son. L’ensemble évoque un état physique et mental lié à cette période : la mémoire qu’on semble fouiller, des ricochets entre éveil et sommeil ; être là. Un mouvement qui vacille entre compression et extension ; une sorte de métamorphose.

Confinée dans le Sud-Ouest de la France, après avoir reporté un voyage à Beyrouth pour rendre visite à sa grand-tante Philippine, Margaux réalise des prises de vue au moyen format dans son jardin. Ces dernières font écho à celles effectuées lors d’un séjour antérieur à Beyrouth. La juxtaposition de ces images et d’enregistrements sonores composent des fragments descriptifs, comme des sursauts jaillissant de la mémoire. La plupart des extraits sonores sont des citations de conversations que l’artiste a eu avec Philippine. Des bribes de son histoire. Les énoncés produisent, par réverbération avec les images, un tissage d’ambiances singulières.

Durant l’élaboration de ce projet, j’ai senti une grande affinité entre l’ouvrage Métamorphoses d’Emanuele Coccia et l’œuvre de Margaux dont la citation suivante en illustre l’une de facettes : « C’était bien avant l’ère des réseaux sociaux. Les photos de soi étaient rares : elles sauvaient de l’oubli de rares instants, et absorbaient en elles la couleur et la lumière de la vie qu’elles incarnaient. […] Cet album semblait annuler la différence du temps, et exposer ces images comme un polyptyque d’une famille très nombreuse : par une étrange dissociation, il les transformait en jumeaux presque identiques qui semblaient mener des vies parallèles. Notre existence, du coup, apparaissait comme l’effort titanesque de passer d’une vie à l’autre, d’une forme à l’autre, un voyage de réincarnation dans ces corps et ces situations pourtant si éloignés les uns des autres, comme l’est le cafard du corps humain de Gregor Samsa. D’autres fois, au contraire, la magie opérait dans le sens inverse : feuilleter l’album signifiait éprouver l’ivresse d’une équivalence parfaite entre les formes les plus disparates. » Emanuele Coccia, Métamorphoses, éd. Payot et Rivages, Paris, 2020, p. 17-18

Pia Viewing, commissaire chercheuse, Jeu de Paume, le 11 mars 2021